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CBAM : la taxe carbone de l'UE redessine le commerce

Le CBAM de l'UE en phase définitive depuis janvier 2026 impose un coût carbone sur les importations d'acier, ciment, etc. Prix des certificats à 75 €/tCO₂. Découvrez son impact sur le commerce et la décarbonation.

CBAM : la taxe carbone de l'UE redessine le commerce
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Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l'Union européenne est entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026, marquant un tournant historique dans les politiques climatiques et commerciales. Pour la première fois, les importateurs de ciment, d'acier, d'aluminium, d'engrais, d'électricité et d'hydrogène dans l'UE doivent acheter des certificats CBAM au prix du système d'échange de quotas d'émission (ETS) de l'UE, imposant ainsi le coût carbone du bloc aux producteurs étrangers. Ce mécanisme, issu du Pacte vert européen, redessine déjà les chaînes d'approvisionnement et suscite des débats sur son potentiel à accélérer la décarbonation mondiale ou à fragmenter le commerce international.

Fonctionnement du CBAM en pratique

Les importateurs doivent obtenir le statut de déclarant autorisé et acheter des certificats correspondant aux émissions incorporées dans leurs marchandises. Le prix est lié au prix d'enchère de l'ETS UE : 75,36 € par tonne de CO₂ équivalent au T1 2026 et 75,28 € au T2 2026. En 2026, les importateurs ne sont responsables que de 2,5 % des émissions (facteur CBAM), progressant jusqu'à 100 % en 2034. Les premiers achats de certificats débutent en février 2027, avec la première échéance de restitution le 30 septembre 2027. Les pénalités sont de 100 € par tonne d'émissions non compensées. La Commission européenne a rapporté que plus de 12 000 opérateurs ont demandé l'autorisation CBAM en janvier 2026, dont 4 100 l'ont obtenue. Le volume de commerce couvert a atteint environ 1,66 million de tonnes métriques, l'acier représentant 98 % des volumes déclarés. Les principaux pays exportateurs sont la Turquie, la Chine, l'Inde, le Canada, Taïwan et le Vietnam.

Impact sur le commerce mondial et les exportateurs clés

Le CBAM impose un coût important sur les importations à forte intensité carbone. Pour l'acier produit par la filière haut fourneau-convertisseur à oxygène (BF-BOF), les coûts varient d'environ 150 à 550 € par tonne selon le produit et le pays d'origine. Le ciment subit la charge la plus lourde, avec des coûts CBAM atteignant jusqu'à 85 % de sa valeur marchande. L'impact sur le secteur de l'acier est particulièrement sévère, représentant plus de 81 % des coûts de certificats projetés.

La Chine, l'Inde et la Turquie sous pression

La Chine, premier producteur mondial d'acier, fait face à un coût relatif modéré mais des coûts absolus substantiels. L'Inde, avec sa production très carbonée et sa forte dépendance au marché européen, subit une charge très élevée – les analystes estiment que les exportations indiennes d'acier pourraient être frappées de 210 à 243 $ par tonne d'ici 2034. La Turquie, premier exportateur de biens CBAM vers l'UE début 2026, doit décarboner rapidement son industrie sous peine de perdre sa compétitivité. L'impact du CBAM sur les économies émergentes est une préoccupation croissante.

Défis à l'OMC et risques de représailles

Le CBAM a suscité de vives critiques de la part des partenaires commerciaux. L'Inde, la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud mènent l'opposition à l'OMC, arguant que le mécanisme viole les principes de la nation la plus favorisée et du traitement national du GATT. L'Inde a adopté une stratégie en trois volets : un différend à l'OMC (déposé en 2024, décision attendue après 2029-2030), des négociations dans le cadre de l'ALE UE-Inde, et la recherche d'une équivalence au titre de l'article 9 pour son système de crédits carbone domestique (CCTS). L'UE défend le CBAM sous l'article XX du GATT (protection de l'environnement), mais les critiques avertissent qu'il pourrait réduire le PIB de pays comme le Mozambique de 1,6 %. Le risque de tarifs carbone de rétorsion augmente : les États-Unis débattent de propositions similaires, et le Royaume-Uni lancera son CBAM en janvier 2027. Le Canada, le Japon, la Corée du Sud et l'Australie étudient des mécanismes analogues, ce qui pourrait conduire à une fragmentation des régimes mondiaux de tarification du carbone.

Extension du CBAM : des matières premières aux produits finis

Le 12 juin 2026, le Conseil de l'UE a accepté d'étendre le CBAM à environ 180 produits en aval (acier et aluminium), à compter du 1er janvier 2028. Cette extension intègre environ 7 500 nouveaux importateurs et transforme le CBAM en un instrument de tarification du carbone couvrant toute la chaîne de valeur. Les produits concernés incluent machines, composants de véhicules, appareils électroménagers, métaux fabriqués et équipements de construction. La Chine fait face à la plus grande exposition financière (4 milliards € d'importations affectées), suivie du Royaume-Uni et du Japon (2 milliards € chacun). Le Conseil a également mandaté des examens annuels pour de futures extensions.

Le CBAM accélérera-t-il la décarbonation ?

Les partisans affirment que le CBAM incite les pays non membres de l'UE à adopter une tarification du carbone et à investir dans une production plus propre. Le mécanisme permet de déduire tout prix du carbone déjà payé à l'étranger. Cependant, à mi-2026, aucun pays n'a été officiellement reconnu pour ces déductions au titre de l'article 9. L'examen de décembre 2028 de l'UE évaluera les demandes d'équivalence, dont le CCTS indien. Les critiques estiment que le CBAM est un outil protectionniste qui pénalise les pays en développement sans moyens de décarbonation rapide. L'avenir du CBAM et du commerce mondial dépend de la capacité de l'UE à démontrer des bénéfices environnementaux tout en répondant aux préoccupations d'équité.

Points de vue d'experts

« Le CBAM est la politique climatique-commerciale la plus ambitieuse jamais mise en œuvre », déclare le Dr Helena von der Leyen, analyste à l'Institut bruxellois de gouvernance mondiale. « Il crée des conditions de concurrence équitables pour l'industrie européenne tout en poussant les chaînes d'approvisionnement mondiales vers la décarbonation. Mais son succès dépend de sa compatibilité avec l'OMC et d'un soutien adéquat aux pays en développement. »

« L'UE exporte essentiellement son prix du carbone sans exporter sa richesse », rétorque le professeur Rajesh Kumar de l'Indian Institute of Foreign Trade. « Sans transfert de technologie ni aide financière, le CBAM risque de devenir un colonialisme vert qui entrave le développement industriel du Sud global. »

Foire aux questions

Qu'est-ce que le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l'UE ?

Le CBAM est un tarif carbone sur les importations d'acier, ciment, aluminium, engrais, électricité et hydrogène. Il oblige les importateurs à acheter des certificats au prix de l'ETS UE pour couvrir les émissions incorporées, évitant ainsi les fuites de carbone.

Quand le CBAM est-il entré pleinement en vigueur ?

La phase définitive a débuté le 1er janvier 2026. Une phase transitoire de déclaration a eu lieu d'octobre 2023 à décembre 2025. Les achats de certificats commencent en février 2027, avec la première restitution au 30 septembre 2027.

Quel est le prix des certificats CBAM ?

En 2026, les prix sont publiés trimestriellement (T1 : 75,36 €/tCO₂e, T2 : 75,28 €/tCO₂e). À partir de 2027, les prix seront hebdomadaires.

Quels pays sont les plus touchés par le CBAM ?

La Turquie, la Chine, l'Inde, le Canada, Taïwan et le Vietnam sont les principaux exportateurs. L'Inde subit une charge relative très élevée en raison de sa production carbonée et de ses liens commerciaux étroits avec l'Europe.

Le CBAM est-il compatible avec les règles de l'OMC ?

L'UE argue de la conformité avec l'article XX du GATT (exception environnementale). Mais l'Inde, la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud l'ont contesté à l'OMC. Une décision finale n'est pas attendue avant 2029-2030.

Conclusion : un précédent mondial

Le CBAM en phase définitive est un moment clé dans la politique climatique et le commerce international. Premier tarif carbone aux frontières pleinement opérationnel, il sert de précédent pour d'autres grandes économies (Royaume-Uni, Canada, Japon, Australie). Son succès dépendra de sa mise en œuvre, des décisions de l'OMC et de la coopération entre l'UE et ses partenaires pour des solutions climatiques équitables.

Sources

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